LE PHENOMENE DE LA SAPE AU CONGO

Publié le

6 avril 2009 – Martin Yaba Mambou, Anthropologue et Saturnin Loukouakoueno, Linguiste (Union pour l’Etude et la Recherche sur le Développement et la Population -UERPOD-, Brazzaville, République du Congo)

  1. Introduction

Le phénomène de sape a pris corps dans le discours populaire en Afrique dans la décennie des années 70. Longtemps considérée comme un comportement relevant de la délinquance juvénile dans la décennie des années 70 à 90, elle était perçue dans la conscience collective de la population congolaise comme un phénomène péjoratif et donc négatif. De plus, les sapeurs étaient perçus comme des délinquants ou des personnes asociales et donc sans aucun rôle. Elle était pratiquée par un groupe de personnes qui portaient essentiellement les caractéristiques physiques telles que le « maquillage » à outrance, une gestuelle et une mimique singulière lors des sorties ou parades à cet effet.

Aussi, certaines expressions sont utilisées, en rapport avec les sapeurs, à l’instar de <<bien coiffé>>, <<bien sapé>>, <<bien parfumé>> et <<bien griffé>>. Elle se pratiquait pour recueillir de l’admiration, de l’estime et de la considération à ce groupe de personnes qui seraient nommées sapeurs et plus tard sapologues.

Cette perception ou construction sociale développée autour de ces derniers a induit des attitudes et comportements de déni, de mépris ou de rejet à l’égard de cette catégorie de personnes par la population générale.

A partir de la décennie des années  80, ce phénomène  devient un problème auquel les spécialistes s’intéressent. Plusieurs auteurs ont tenté de faire le point ou le bilan des travaux sur la sape, mais parmi ceux-ci très peu se sont préoccupés du débat conceptuel,  du modèle théorique,  méthodologique et surtout du débat constitutif de ce problème.

 

Vivant au cœur de Brazzaville et Pointe-Noire en République du Congo et, intéressés par ce phénomène, vu son ampleur dans les deux pays (République Démocratique du Congo et République du Congo), à travers les sapeurs et les artistes musiciens sapeurs, lequel phénomène soulevait déjà un questionnement du réel congolais dans sa diversité culturelle, sociale, économique et linguistique, l’engouement des Congolais pour ce mouvement ne pouvait pas nous laisser indifférents.

Aujourd’hui, il a acquis droit de cité, et par extension l’acceptation par la population. Dans le souci  d’analyser ce phénomène sous plusieurs aspects, notre champ de réflexion porte sur les différentes dimensions et prend en compte les aspects identitaires et utilitaires. Notre cadre théorique est inspiré de celui élaboré par T. Veblen (1899). En effet, il écrit dans la Théorie de la classe de loisirs qu’on n’a jamais donnés d’explication satisfaisante des variations de la mode. La mode est interprétée comme une conséquence des rivalités entre les classes sociales.

Deux conditions doivent être en fait réunies pour qu’apparaissent des phénomènes de mode : il faut d’une part qu’existent des groupes sociaux au sein desquels se manifestent une double logique d’imitation et de distinction ; il faut d’autre part qu’existent  des biens services qui puissent faire ce double besoin, susceptible de remplir une fonction symbolique, et non plus simplement matérielle.  Ce cadre aborde les aspects de la mode et par extension de la sape. Il va servir d’orientation dans les différentes analyses de ce phénomène. Cette théorie sera complétée par le modèle proposé par Talcott Parsons.

Dans cette théorie, l’auteur démontre comment un épiphénomène devient un fait social. Dans le souci de démonter comment la sape en tant qu’épiphénomène devient un fait social au même titre que la mode, il paraît donc utile de documenter avec toute évidence cette assertion. La présente communication  constitue donc une des premières tentatives visant à décrire et expliquer le phénomène à travers les dimensions sociale, culturelle, économique, psychologique, linguistique et utilitaire. Elle s’appuie sur l’exploitation des données issues de la revue bibliographique, des observations et  entretiens menés auprès des personnes clé. Dans un premier temps, notre communication se propose de présenter les objectifs, une brève revue de la littérature, la méthodologie. La deuxième partie de notre communication présente les résultats de l’étude.  

  1. 2. Objectif général:

Contribuer  à documenter  le phénomène de la sape et la mode. 

  1. Objectifs spécifiques:

Spécifiquement, l’étude se propose de:

  • décrire le phénomène de la sape dans ses différentes dimensions ;
  • montrer le rôle symbolique, identitaire et utilitaire de la sape ;
  • ressortir la typologie des expressions langagières qui caractérisent le phénomène de la sape ;
  • ressortir la typologie des expressions langagières qui décrivent les pratiques et comportement du sapeur ;
  • faire des propositions sur les nouvelles pistes de recherche devant guider les productions scientifiques ultérieures en la matière.
  1. Revue de la littérature

D’après les sources orales, le phénomène de la sape au Congo remonte depuis le contact entre le colon et le colonisé en 1922 à Brazzaville. Nonobstant le mépris de ce phénomène de société par les non pratiquants, et au regard de l’ampleur qu’il prenait au fur et à mesure que les jours s’égrenaient, la sape rencontrait le consentement de beaucoup d’admirateurs au point d’être promue à travers les œuvres de certains éminents artistes musiciens.

C’est ainsi que,  l’artiste musicien congolais Papa Wemba, tenant compte de l’environnement drastique dans lequel lui et ses pairs évoluaient, chanta Proclamation, une chanson dans laquelle il décrit le phénomène dans son entièreté.  Dans cette chanson, cet artiste ne reconnaît, révèle publiquement et solennellement pas seulement  ce sentiment de défi, mais il va se proposer jusqu’à la conscientisation de cette frange sociale dans un environnement socio-économique trouble, en quelque sorte, fixe les us et coutumes de cet art.

Déjà, les travaux  empiriques qui existent dans ce domaine sont ceux   publiés par Justin Daniel Gandoulou, en 1986. Dans une publication intitulée « De Bacongo à Paris », il avait essayé d’élucider ce qu’il appela un phénomène et la mode documentée par d’autres auteurs. Etant donné qu’il s’agissait d’un des tous premiers travaux sur la sape, aucune étude à notre connaissance  a permis de contribuer ou de faire avancer la réflexion scientifique.

Abordant la question de l’habillement, les travaux publiés par l’anthropologue Soret et repris par Georges Balandier en 1951 dans son célèbre ouvrage intitulé Sociologie des Brazzavilles Noires, concluaient que les Noirs d’Afrique  centrale attachés au bien-paraître, consacraient en moyenne 21% de leurs salaires dans l’investissement de l’habillement.

 

  1. Méthodologie de l’étude

5.1. Approches et techniques d’investigation

L’investigation été menée au moyen d’une série d’outils et instruments de collecte de données conçus en fonction de données et thématiques retenues dans le cadre de ce travail. Elle a fait également recourt aux données issues de  l’observation, de la revue bibliographique et de l’analyse du contenu de différents supports sonores musicaux.

  1. Présentation des résultats:

6.1 Appréhension du phénomène de la sape à travers les dimensions ci après:

Il sera présenté dans cette partie, l’appréhension du lexique social ou culturel de ce phénomène. Ce lexique est sous tendu par les langues sociales ou de génération utilisées par les sapeurs et les artistes musiciens sapeurs. Ces dernières trouvent leur fondement linguistique dans la langue française, l’argot, les langues nationales parlées au Congo Brazzaville et en RDC. Il s’agit de : lingala, munukutuba et kikongo.

  1. La Sape :

Au plan conventionnel, la sape est un sigle qui désigne la Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes, néologisme d’origine africaine. Cette définition de la sape, par contre, est également référée par d’autres livres conventionnels tels que le dictionnaire Larousse. Cependant, la sape ne peut pas être exclusivement cantonnée dans le champ définitionnel de l’édition sus-citée.

 

La  sape est un mot d’argot signifiant vêtement avec connotation d’élégance et de grande mode. Dans ce sens, pour les <<sapeurs>> contemporains de Bacongo et les <<aventuriers>> de Paris (les gens de Bacongo se retrouvent à Paris, étape essentielle du parcours de << sapeurs>>.

Au plan sociologique, la Sape est une manière d’être, de se sentir, de se comporter, et de se vêtir. En réalité, c’est une société initiatique qui a son langage, ses us et coutumes, ses rites. Elle ne se limite pas seulement à une forme de Société des Ambianceurs et Personnes élégantes comme le dictionnaire le Larousse le définit ; mais elle recouvre plusieurs dimensions, à savoir : social, psychologique, symbolique, économique et culturel. Et donc un phénomène social. En bref, elle désigne un état d’être ou une institution  sociale.

A partir du savoir musical,  le  phénomène de la Sape, selon Papa Wemba et Stervos Niarcos, tous deux artistes musiciens de la RDC le qualifiaient  de  << religion kitendi>>, ce groupe de mots peut être traduit en langues africaines, c’est-à-dire en lingala/ munukutuba, et désigne une religion de l’habillement/mode. Dans le même ordre d’idées, King Kester Emmeneya définit la sape en lingala sous l’expression, << Mwvuatu>>, c’est-à-dire l’habillement ou l’art de s’habiller.

De plus, selon l’artiste musicien Rapha Bounzeki du Congo Brazzaville, la sape  désigne un <<mouvement spirituel>>, avec ses adeptes et fixe ses US et coutumes.

Dans le cadre de la présente communication, la sape est définie comme une communauté, autrement dit, comme  une institution sociale au plan sociologique. Par « communauté », il faut entendre ici un groupe d’individus qui ont la même identité, les mêmes objectifs et les mêmes centres d’intérêt. Cette approche définitionnelle va guider tout notre questionnement sur le sujet. A travers cette définition, toutes les dimensions sus-citées peuvent être abordées sans obstacle.

En définitive, la sape est également perçue comme un espace d’extension ou d’élargissement de la parenté sociale. Bien mieux, elle considérée comme un cadre d’échange, de dialogue, de construction ou de reconstruction de l’identité sociale, religieuse (religion kitendi), professionnelle ; c’est-à-dire un environnement de partage ou une  vision pour ce qui est de  la vie sociale et de l’avenir. Un lieu d’affirmation de soi, de solidarité africaine, un espace de valorisation, d’intégration sociale et professionnelle et un réseau où les  choix, les goûts, les préférences et les codes vestimentaires sont validés et  institutionnalisés par le groupe.

Par conséquent, toutes celles qui ne sont pas évoquées ci-dessus  ne seront pas prises en compte dans ce travail. La sape dont il question abordera les dimensions : sociale, économique, sociale, culturelle, symbolique, psychologique, esthétique et linguistique, etc.

  1. Sapologie

Depuis quelques années, l’expression « sapologie ou sapelogie » est de plus en plus utilisée pour nommer ou désigner la science qui s’occupe de la sape aux plans vestimentaire, esthétique, gestuel, psychologique, socioculturel et symbolique. Dans le discours de la  sapologie ou sepologie.

  1. Sapeurs:

Il s’agit des individus appartenant à un groupe ou communauté et partageant les mêmes  les mêmes idéaux, les mêmes philosophies, les croyances, les comportements, les codes vestimentaires et les habitudes aux plans vestimentaire, social, économique, esthétique, culturel et linguistique. En d’autres termes,  ils appartiennent à la  Sape. On distingue trois catégories de sapeurs, à savoir :

3.1  Parisien

Dans les habitudes langagières de la sape, l’expression << Parisien>> est utilisée pour nommer les sapeurs évoluant en Europe et singulièrement en France et dans d’autres capitales occidentales. Il s’agit des sapeurs émigrés.

3.2 Sapeurs au niveau national : 

On distingue deux catégories de  sapeurs au niveau local.

3.2.1. Parisien refoulé :

Il s’agit des sapeurs immigrés ou expulsés pour des raisons juridiques ou sans papiers et vivaient en Europe.

3.2.2. Sapeur local :

Cette dernière catégorie évolue au niveau ou pays. Parmi ces derniers, on distingue également ceux qui exercent le trafic lié à l’industrie de l’habit entre l’Europe et l’Afrique.

  1. Mode

Depuis plusieurs décennies, les travaux empiriques sur la mode sont publiés à travers le monde. Les sociologues, les psychologues, anthropologues, les philosophes, les littéraires  et ethnologues ne cessent d’alimenter les débats sur la question. A titre d’exemple, en France, G.Tarde (1843-1904) pour qui la  mode illustre le rôle  joué par les comportements imitatifs dans la cohésion sociale. En Allemagne, G. Simmel (1858-1918) développe à peu prés les mêmes analyses : dans un court articlé intitulé << La mode>> (1904), Simmel insistait sur la double fonction de la mode qui permet de satisfaire à la fois au désir de conformisme et au souci de différentiation qui anime toute la société. 

Toutes ces analyses se retrouvent  sous forme proche sous la plume du français  E. Goblot (1885-1935) qui, dans « La Barrière et le Niveau » (1925), montre que la mode est le seul moyen à la disposition des individus des sociétés démocratiques pour marquer leurs différences vis-à-vis de certains groupes et affirmer simultanément leur appartenance à un groupe considéré. Ces travaux apportent un éclairage dans le cadre de notre étude.

1 Par rapport à la dimension  symbolique et identitaire et  de la sape :

 

   Dimension symbolique et identitaire de l’habit ou tenue :

                    

                        <<Une exhibition de sapeurs obéit à un rituel bien établi>>

 

Pour ne pas être taxé de « polar » ou de « ngaya », c’est-à-dire de « non-connaisseur », un ambianceurs doit toujours porter le costume. (Photo : Héctor Mediavilla Sabaté, Colors Magazine)

Les vêtements, habits, et les parures expriment un moment dans le temps, les goûts personnels, le niveau de ressources et le statut social. Le vêtement est aussi ce que Balandier associe à << la façade sociale>> qu’il s’agisse de communiquer des réalités sociales ou de déguiser un problème personnel. Les images ci-dessus décrivent l’être dans le paraître.  La gestuelle, la mimique et la posture ci haut caractérisent ces derniers.  

 

C’est aussi  un moyen d’exprimer  les valeurs sociétales de vanité, modestie et dignité. La mode est à la fois une question de goût personnel et de ressources. Elle permet de distinguer les groupes sociaux et devient une source de concurrence et parfois de conflit entre sapeurs.

 

 2 Par rapport à la dimension sociale:

 

Les habits et les parures communiquaient les réalités sociales, culturelles et identitaires. La mode est un agent du changement en confirmant les divisions existantes. La sape s’exerce toujours en groupe et  les réseaux sociaux constitués lors des parades ou duels vestimentaires  mettent en exergue la double logique d’imitation ,  distinction et de rivalité.  La valeur de l’habit avec sa griffe symbolise  la classe sociale et  la hiérarchie sociale du sapeur.

 

A titre d’exemple, Gabriel et Joseph Vassal écrivaient aussi que les travailleurs de Brazzaville << peuvent être à moitié morts de faim>>, mais ils s’achètent de nouveaux vêtements << dès qu’ils touchent leur fin du mois>>. En 1951, une étude effectuée par Soret portant sur 1000 budgets indique que les vêtements représentent en moyenne  21 % des dépenses, comparé à 53% pour la nourriture, 7% pour les boisons, etc.

3 Par rapport  à la typologie des expressions langagières qui caractérisent le phénomène de la sape : bref lexique du langage de la sape :

 

Ancienne colonie française, le Congo Brazzaville  conserve le français comme langue officielle. Néanmoins, plusieurs langues locales, telles que le lingala et le munukutuba, ont pris rang derrière le français. Aux  cotés de ces trois langues se développent les langues sociales, de génération  avec un lexique spécifique.

 

Français Lingala (langue véhiculaire parlée en Afrique centrale, Brazzaville et Kinshasa) Munukutuba/kikongo)

(langue véhiculaire parlée en Afrique centrale, Brazzaville et Kinshasa)

Commentaires
 

Sape

 

 

Mvwatu

 

Tekiniki-mvwatulu

Prise non pas seulement comme la communauté des sapeurs, mais aussi comme la mode vestimentaire
 

Habit

 

Elateli

 

Mvwatulu

Art de s’habiller, technique réservée aux initiés que sont les sapeurs.
 

Griffe

 

 

Nkoma

 

Kidimbu, Yinzo-kilele

Nom ou sigle de créateur ou fabriquant vestimentaire.

Détermine  la valeur économique  ou le pouvoir l’habit. Elle détermine le poids et la valeur symbolique de l’habit. Quelques griffes citées ou les marques (Yamamoto, alden ,Weston)


4 Par rapport aux sources d’identification, d’inspiration et d’imitation :

 

Les sapeurs se référent à des modèles d’identification dans le cadre de l’habillement. Ces modèles sont en majeur partie constitués des journalistes de presse occidentale, des hommes politiques européens, des acteurs de films et des personnages présentés par les grands couturiers à travers les journaux (magazines de mode, tel que La Redoute et autres supports).A titre d’exemple, avec ses costumes à fentes de 30 cm, Balladur, l’ex-Premier ministre français a, sans le savoir, lancé la mode « fente Balladur ».

 

5 Par rapport aux courants des sapeurs en Afrique:

 

Il existe plusieurs courants du phénomène sape en Afrique. Pour notre communication, deux grandes écoles ont été retenues, à savoir : l’école du Congo Brazzaville et celle de la République Démocratique du Congo (RDC). Au Congo Brazzaville et en RDC, parmi les figures emblématiques, on retient les artistes  musiciens d’une part, et les artistes musiciens sapeurs, d’autre part. Pour le premier groupe, on peut citer, entre autres, Rapha Bounzéki, Horlus Mabélé, Jo Ballard, Chiden de MBunta, Fernand Mabala, Roger Lutin, Roga Roga, etc. ; de l’autre rive du fleuve Congo, Stervos Niarcos, Papa Wemba, King Kester, Benz Bozi Boziana, Koffi Olomidé, Modogo Gian franco, Défao, JB Mpiana.

                         Le pionnier de l’école kinoise de  sape (RDC) : PAPA WEMBA

 

 

 

 

 

6 Par rapport à l’économie de la sape:

«  La sape est un art, qui n’a rien à voir avec les moyens. Il faut connaître les harmonies, savoir marier les couleurs  »

 

La sape est un art, qui n’a rien à voir avec les moyens. (Photo : Héctor Mediavilla Sabaté, Colors Magazine)

Il s’agit d’aborder la question de ressources financières et matérielles mobilisées dans l’exercice du phénomène sape. Ces ressources se résument en des coûts de tenues et autres articles mobilisés et dépensés. Ces coûts traduisent la valeur économique  et symbolique de la tenue et ce qui permet d’établir une échelle de valeur en ce qui concerne la catégorie sociale et la position sociale du sapeur au niveau de la communauté et de la population. C’est une forme d’élévation sociale et d’identification par rapport aux autres. L’investissement consacré aux plans financiers et matériels. Quelques études ont mis en exergue la valeur économique du phénomène, à l’instar de celle effectuée par Soret en 1951, cité par Balendier.

 

L’illustration de Jo Ballard est l’un des cas les plus patents qui révèlent la valeur économique de la tenue portée, c’est-à-dire une certaine position sociale. Quelques griffes ou marques aussi ont été citées (Yamamoto, Alden, JMW, Alain Figari, Ungari, etc.). La relation prix/coût et revenu et l’importance de l’habit sont quelques indicateurs qui permettent d’apprécier la fonction symbolique de la tenue.

 

7 Par rapport à la géographie de la sape :

Dans le cadre de la sape, trois grands pôles sont identifiés comme espace où s’exerce la sape, notamment l’Afrique (comme espace ou dernier endroit où les sapeurs émigrants viennent  de façon saisonnière exhiber leurs habits, leur statut social, leurs marques et leur position et confirmer leur identité sociale au sein de la communauté), l’Europe et les Etats-Unis d’Amérique, désignés en langues locales (lingala et Munukutuba) par des concepts tels que <<mputu, mikili, poto, miguel, panama>> et pris comme lieux par excellence de l’industrie de l’habit ou du vêtement, où les modèles et les sources d’influence sont identifiés et reproduits. Les << mikilistes>> ou mputuvillois, africains de la diaspora ont, de ce fait, une religion.

 

8 Par rapport aux comportements vestimentaires des sapeurs :

Des différentes perceptions sont appliquées à la Sape, notamment celles de la logique d’imitation/distinction, des rivalités entre les groupes, de la mode de régulation sociale, du mécanisme du changement/expression des rivalités sociales. Dans le cas de Jô Balard cité plus haut, la valeur des ses habits de grande renommée (par exemple une paire de chaussures Capo Bianco, une paire de chaussures) l’oblige de les garder dans un coffre-fort à une banque », expression de grandeur, mais aussi de défi, de supériorité et de la place occupée dans ce phénomène. Ce sentiment de grandeur, et aussi de l’art de ce phénomène se traduit dans les propos de Kester Emeneya, une des figures symboliques de la sape, qui disait dans l’un de ses chefs-d’œuvres :

 

   << Mwatu kala i nkinsi ko, kala yi technique>> (L’habillement n’est pas qu’une affaire de fétiches, mais c’est une simple technique>>.Dans la sape chaque mot ou action a son sens et sa signification.

Un sapeur est formé à l’harmonie, y compris celle des couleurs. On ne mélange pas de couleurs. Un sapeur apprend que le dernier bouton de la veste ne s’attache pas. La trilogie des couleurs dans la gestion de la sape est sous tendue par l’harmonie. Pour un sapeur professionnel, on peut marier un <<bleu et un rouge>>, mais attention à ne jamais porter plus de <<quatre couleurs>>. Chaque ton a sa symbolique. Le rouge évoque la <<combativité>>, le blanc la <<paix>>, le bleu <<l’entente et la séduction>> et le violet la <<spiritualité>>.

 

 

9      Dimension socialisatrice  de la sape :

 

C’est un culte qui se perpétue d’une génération à l’autre. (Photo : Héctor Mediavilla Sabaté, Colors Magazine)

                  <<La sape est un phénomène de socialisation et d’initiation>>.

 

10 Par rapport à la dimension symbolique de la sape:

La symbolique de la sape se traduit généralement par le refus de la vulgarité dans l’habillement (qui est l’expression même de sape, se manifestant par l’achat et le port des habits à coûts extravagants). A cette mise en valeur vestimentaire s’ajoute le désaveu de la pauvreté  par la valorisation du corps à travers la sape (ce qui est mis en jeu), étape essentielle dans le franchissement de la pauvreté sociale et économique (une forme de revendication sociale et une affirmation de soi).

La mise au jour de la valeur économique de l’habit/tenue reflète l’appartenance physique à ce phénomène, laquelle tenue acquise à un coût prohibitif, symbole de sa valeur économique, selon la « griffe », notamment le couturier, montre que ces personnes, considérées comme des fous, prennent soin de leur corps et se soucient bien de ce dernier.  

Cette incommensurabilité vestimentaire constitue une manière d’affirmer son être dans le paraître, distinction sociale se valorise à travers l’habit.

C’est ainsi que, partant de marque notoire que ce phénomène laisse dans la société, cette frange constitue aussi des messagers dans divers secteurs d’activisme social. Ce qui les rend donc, par exemple, utilitaires dans des actions en faveur des dons de sang, de lutte contre le VIH et le SIDA, de la recherche et consolidation de la paix, etc.

 

     10  Par rapport à la dimension utilitaire de la sape :

 

Depuis quelques décennies, les sapeurs apportent leur contribution au développement économique du pays. Parmi les actions  utilitaires de portée sociale figurent : la participation au processus de paix, à la commémoration du quarante huitième (48) anniversaire de l’indépendance du Congo,  la participation aux activités de prévention du VIH et Sida et l’opération de don de sang au niveau des formations sanitaires, à l’occasion des journées internationales du don de sang.

 

A titre d’exemple, l’Association des Sapeurs du Congo, a participé aux premières journées thématiques sur le VIH et  Sida organisées  en partenariat avec les Unités de Lutte contre le Sida des Ministères de la culture et des arts et de la communication, avec l’appui du Secrétariat Exécutif Permanent du Conseil National de Lutte contre le Sida. Au terme de cette activité, les sapeurs ont fait la démarche du dépistage volontaire du VIH.

 

          Voici un extrait de l’engagement des sapeurs :

 

L’engagement  des sapeurs dans la lutte contre le VIH et Sida se situe à trois niveaux, à savoir :- sensibiliser nos membres dans nos rencontres à propos de la vulnérabilité au VIH dont nous sommes l’objet ; mobiliser les communautés pour susciter leur adhésion au dépistage volontaire et anonyme ; participer en tant que pair-éducateur dans la lutte contre le VIH et SIDA. L’opérationnalisation de cet engagement se traduit comme suit :

 

  • renforcer nos connaissances, améliorer nos attitudes et adopter des pratiques sans risques ;

 

  • organiser les activités de prévention du VIH et Sida à l’intention de nos membres, pairs sapeurs et informer nos familles et amis ;

 

  • mobiliser les communautés dans l’utilisation des services de prévention et de prise en charge du VIH et Sida dans notre pays et au niveau régional et international.

 

                        <<Pour une sape sans Sida>>

11 Propositions sur les nouvelles pistes de recherche devant guider les productions scientifiques ultérieures en la matière.

 

Les résultats issus de ce travail en cours de réalisation  permettront de documenter et de fournir une base d’informations susceptibles d’orienter ou réorienter les réflexions futures sur les études socio anthropologiques  de la mode et particulièrement de la sape e Afrique.

 

Orientations bibliographiques  :

 Marc Jayat : Introduction à la Sociologie, Hachette, 2000.

Mukala Kadima-Nzuji et Alpha Noël Malonga (2004). Itinéraires et Convergences des musiques traditionnelles et modernes d’Afrique, Fespam- l’Harmattan, 2004), Paris, P15.

Justin-Daniel Gandoulou (1986). Entre  Bacongo et Paris : Centre de création industrielle – Centre Georges Pompidou, Paris.

Laurent Mossengwo (2002) : Bulletin de Culture et d’Information.

  1. Hansen: Cours complet d’éducation musicale et chant choral, Ed. Alphonse Leduc, Paris, P.4.

Placide Bantsimba .Mémoire de maîtrise sur Orchestration des chansons << MPEMBA>> et << YA LUNDA>> : Du rite Kingizila de la Société Laadi en République du Congo.

Martin Phyllis (2000). Loisirs et Société à Brazzaville pendant l’ére coloniale, Karthala, Paris.

Marc Jayat (2000). Introduction de la sociologie, Hachette Supérieur, France.

Muriel Devey, Sape : Une Commedia dell’arte à la brazzavilloise, AEM, mercredi 23 mai 2007.

Wikipédia, Encyclopédie en ligne.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code